Comment survivre dans un mouvement de foule

Mouvements de foule : évitez les drames

Au vu de la puissance et de l’imprévisibilité de ces déplacements, comment survivre dans un mouvement de foule ? De grandes foules denses présentent un comportement de prise de décision global avec une liberté de mouvement individuelle réduite.


Depuis les années 90 de nombreuses observations sur la dynamique des foules, y compris, divers phénomènes d’auto-organisation, d’ondes de choc, ont été décrits avec succès par de simples modèles mathématiques. L’une des problématiques les plus importantes et des plus difficiles à la fois est le mouvement panique, qui est une préoccupation majeure lors de ces événements de masse. Malgré le nombre considérable de forces de sécurité et de mesures de contrôle des foules, des centaines de personnes perdent la vie chaque année lors de rassemblement : concerts, religieux, parades... Les éruptions de relâchement de pression qui se produisent présentent des analogies avec les séismes et sont de facto incontrôlables. Ces flux à haute densité de personnes en groupe peuvent générer et provoquer des « turbulences » et la chute de centaines de participants en quelques secondes.

 

Modéliser et classer les différents comportements des piétons dans une foule sont des paramètres très importants dans divers domaines y compris dans la dynamique des piétons (concert, entrée et sortie de stade, conception assistée par ordinateur des bâtiments publics, positionnement approprié des panneaux de sortie, manifestation dans des lieux inadaptés à recevoir une grande quantité de personnes...). Même des tâches simples comme marcher vers une position implique plusieurs décisions complexes telles que la détermination, le chemin ou la route la plus efficace, et en choisissant entre les différents chemins disponibles pour éviter les collisions. Selon la théorie de la convergence (1), un célèbre approche utilisée en sociologie et en économie le comportement des foules n'est pas un produit unique de la foule elle-même. Elle est plutôt définie individuellement par les piétons dans cette foule. Par conséquent, il est important de prédire avec précision le comportement des individus et leurs interactions avec l'environnement pour capturer des comportements réalistes et hétérogènes. Les progrès récents des technologies de capteurs ont facilité la tâche pour capturer des vidéos haute résolution de piétons et de foule

Prévoir les mouvements de foule ?

Il est globalement et par essence impossible de prévoir un mouvement de panique et un mouvement de foule. Même si le premier objectif de survie est de s’extraire de la masse le plus rapidement possible, la puissance et la soudaineté rend impossible cette extraction si le positionnement à l’instant T n’est pas adéquat. Quand les gens se promènent sans se presser, ils ont tendance à garder une certaine distance les uns des autres et des obstacles. Dans une situation d’urgence, le mouvement des individus est régi par des règles différentes. Des simulations numériques peuvent permettre d’estimer le temps d’évacuation et de prédire les zones où une densité élevée apparaîtra.

Certains modèles collectifs couramment observés sont maintenant considérés comme des points de référence standard pour les calculs numériques. Un modèle macroscopique appelé modèle de force sociale est présenté à ce jour comme modèle de référence pour l’évaluation de la dynamique des piétons (2). Il décrit le mouvement de la foule avec un système d'équations différentielles. Plusieurs forces sont introduites comme par exemple un terme décrivant l'accélération vers la vitesse souhaitée ou une répulsion de force reflétant le fait qu'un piéton a tendance à se tenir à une certaine distance des autres personnes et des obstacles.

Parmi ces phénomènes d’auto-organisation, il y a également sociologiquement la formation de voies formées naturellement par les gens qui se déplacent dans des directions opposées. De cette manière, les interactions fortes avec les piétons venant en sens inverse sont réduites, et une vitesse de marche plus élevée est possible. Un autre phénomène est la formation d’arcades en amont de la sortie lors de l'évacuation d'une pièce. Le modèle macroscopique proposé par B. Maury et J. Venel pour expliquer nos comportements individuel lors de déplacement, repose sur deux principes. D'une part, chaque individu a une spontanéité de vitesse qu'il aimerait avoir en l'absence d'autres personnes. D'autre part, le réel, la vitesse qu’il doit prendre en compte lors d’une congestion. (3)

Prévention et gestion des dangers d'une foule

Ouvrir les yeux

Nous sommes donc des individualités rassemblés qui formons un groupe avec ses réactions propres. Regarder autour de soi et garder un état de vigilance : est-il préférable de faire demi-tour, de ne pas suivre la masse sans savoir ou l’on va ou de continuer à avancer ? Pour le savoir, il faut essayer de se concentrer et d’estimer où se trouve l’épicentre d’une potentielle bousculade, c’est-à-dire le lieu où l’encombrement est à son maximum, et se diriger dans la direction où cette densité se réduit progressivement. Toujours partir tant qu’il est encore temps et lever les yeux afin de surveiller cette foule. Lorsque la densité de personnes augmente autour, l’espace disponible diminue et sa liberté de mouvement se réduit progressivement. Plus l’on attend, plus la fuite sera difficile. Le temps joue toujours en notre défaveur. Par conséquent, même si cela semble inutile il ne faut hésiter pas à quitter la zone de forte congestion dès que l’on commence à se sentir mal à l’aise et tant qu’il y encore assez d’espace pour se déplacer. En se dégageant du cœur de la foule régulièrement pour avoir une vue d’ensemble, on réduira également le risque pour les autres, car notre absence aura pour effet d’alléger l’encombrement pour ceux qui restent sur place.

La détection du danger de densité

Afin d’évaluer si ma sécurité personnelle est assurée et de pouvoir évaluer la situation, il faut maîtriser des principes simples et les utilisés sans stress.

  • quand il n’y aucun contact physique avec les personnes autour, l’estimation est d’environ 3 personnes/m2, il n’y a pas de risque potentiel de subir un mouvement de foule incontrôlable.
  • quand on est en contact physique contraint avec une ou deux personnes en même temps, l’estimation est d’environ 4 et 5 personnes/m2. Il serait préférable de commencer à s’éloigner calmement du cœur de la congestion. (ce que personne ne fait lors d’un concert.)
  • les mouvements de ses bras sont entravés au point qu’il est difficile d’approcher ses mains du visage. Pour quelqu’un qui souhaite assurer sérieusement sa sécurité personnelle, il y a danger ! Il faut impérativement quitter les lieux. Toujours calmement, mais il faut s’extraire rapidement.

Mouvement de panique d’une foule

Le mouvement de panique est un cas particulier dans lequel la foule se rue dans une même direction pour fuir d’un danger réel ou suspecté. La panique est éthologiquement dérivée de la dynamique collective des animaux. Les mouvements collectifs de panique sont importants lors de situations d’urgence telles que des catastrophes naturelles ou des attaques terroristes.


Depuis quelques années, la menace terroriste a généré une forte augmentation de ce type de mouvement collectif, comme sur la place de la République à Paris en novembre 2015, sur la place San Carlo de Turin en juin 2017, ou sur le cours Saleya à Nice en juillet 2018. Elles ne se limitent pas aux humains, mais ont été observées dans d'autres systèmes biologiques non-humains. Les animaux sociaux se déplacent souvent en groupes : sentiers de fourmis, migrations de gnous et essaims de criquets pèlerins sont quelques-uns des phénomènes naturels au cœur de « l'écologie du mouvement » (4). Bien que la plupart des mouvements collectifs soient routiniers, il existe des mouvements de panique de foule rares mais périlleux qui peuvent affecter gravement notre survie.

La panique de la foule s’exerce par la contagion qu’elle génère. Comme dans la vidéo ci-joint durant laquelle il n’y avait aucun danger immédiat. Dans ces situations de mouvement de foule par panique, le mouvement peut s’avérer plus dangereux que la menace que nous fuyons. Par conséquent, essayer d’accorder un court instant pour évaluer la nature du danger et s’éloigner « calmement » en restant le plus loin possible du flux. (5)

Restez debout coûte que coûte

S’il est trop tard pour fuir, rester debout et se laisser porter par la vague sans tomber est la priorité. Lors d’un mouvement de foule, la proximité des personnes est telle qu’une chute entraîne immédiatement celle du voisin par effets domino. Avant de pouvoir se relever, la puissance cinétique de la foule nous immobilise au sol et nous écrase avec une force incroyable. Le réflexe animal lorsque l’on se fait amener dans une direction non souhaitée est de résister à la pression en poussant dans la direction opposée. Dans le cas d’un mouvement de panique de foule, il est totalement impossible de lutter physiquement contre cette onde de choc.

Protéger son oxygène

L’oxygène est la ressource la plus précieuse à protéger dans ce genre d’évènement. La grande majorité des décès sont causés par une asphyxie. Évitez par exemple de crier si ce n’est pas indispensable, et contrôlez votre respiration dans la mesure du possible. Lorsque la pression devient trop intense autour de soi, se mettre en garde avec les coudes en avant afin de laisser de la place à sa cage thoracique est la seule possibilité pour continuer à respirer.

S’éloigner des obstacles

Le seul endroit où le conseil précédent ne peut s’appliquer est au voisinage d’un mur, d’un grillage ou de n’importe quel autre objet solide. Les études de cas montrent en effet que la proximité d’un obstacle est une importante source de danger. Les premières victimes d’une bousculade sont souvent écrasées contre une paroi comme ce fut le cas lors du mouvement de panique de Turin en 2017 ou lors des tragédies du stade du Heysel et de Hillsborough dans les années 1980. Les simulations numériques montrent que les pressions les plus intenses sont exercées au voisinage d’un obstacle solide. Dans la mesure du possible, il faut éviter de stationner, de s’éloigner des murs, des poteaux et des grillages. (7)

S’entraider pour sa survie

La compréhension du comportement des foules dans les situations d'urgence est depuis longtemps considérée comme indispensable à la réaction et à la gestion des catastrophes (8). La première orthodoxie était une « panique de masse » (9). Cela a récemment été contesté par des modèles de comportement de la foule qui ont mis l'accent sur l’endurance plutôt que la dissolution des liens sociaux (10). Dès que sa sécurité personnelle est assurée (et pas avant), il est bénéfique, encore une fois pour sa propre sécurité, de s’entraider. Une foule solidaire a plus de chance de survie qu’une foule individualiste. Tout le monde en profitera, y compris soi-même.

Conclusion

Le fait de mouvement incontrôlé de la foule à des densités élevées n’est pas nécessairement le résultat d’un comportement violent, mais bien du fait que les forces physiques sont transmises par le corps d’autres personnes et s’additionnent. Dans de telles conditions, il est très difficile de garder le contrôle du mouvement de son propre corps, puisque celui-ci est littéralement déplacé par celle-ci. La situation dans la foule est également difficile, car personne n’a une vue d'ensemble de la scène et le niveau de bruit (ainsi que la surcharge du réseau de téléphonie mobile) rendent souvent la communication pratiquement impossible. Il convient de noter que les désastres des foules lors de pèlerinages religieux dans le passé ont récemment conduit à des connaissances importantes ainsi qu’à des améliorations significatives de la gestion et du contrôle des foules. Une grande partie des leçons apprises peuvent également être transférées à d'autres événements de masse afin d'améliorer leur sécurité.(11)

Une culture de la sécurité doit encore être encore activement promue, rappelant à tous que des problèmes peuvent toujours se produire.

Sources

(1) "A discrete contact model for crowd motion". Bertrand Maury, Université de Paris-Sud, Juliette Venel Université de Paris-Sud 2009
(2) D. Helbing and P. Moln´ar. Social force model for pedestrians dynamics. Physical Review E, 1995.
(3) Turner et Killian, 1987
(4) Holden 2006
(5) Animal dynamics based approach for modeling pedestrian crowd egress under panic conditions Nirajan Shiwakoti, Majid Sarvi,  Geoff Rose, Martin Burd.  2011
(6) Amsterdam Crowd Panic - from the crowd
https://www.youtube.com/watch?v=gcqjkiXoKhI&t=283s
(8)  Canter, 1990; Quarantelli, 2001; Sime, 1990
(9) Chertkoff & Kushigian, 1999
(10) The Nature of Collective Resilience : Survivor Reactions to the 2005 London Bombings. John Drury
(11) Crowd disasters as systemic failures: analysis of the Love Parade disaster. Dirk Helbing and Pratik Mukerji.2012